En apparence

Dancing au bord de la mer, nuit au bord de la mer, musique douce comme la nuit, nuit enivrante comme le désir.

Les tables pleines de monde qui sirote, écoute et parle à voix basse. Seul ce couple danse, un seul couple pour toute la piste. Sous le charme de la musique, de la nuit, du désir et de la lune qui –plouf – est tombée dans la mer ; les vagues tantôt la portent pour l’échouer sur le sable, tantôt elles l’aspirent vers le large.

Ils dansent. En apparence ils dansent. Alors qu’ils se retirent, qu’ils changent de monde. Sur cette lente cadence, ce balancement sur place, l’irrésistible les hypnotise. Les yeux clos ils se soumettent. Enlacés ils se retiennent à ce je-ne-sais-quoi qui leur arrive. Ils dansent. En apparence ils dansent au rythme de la musique, alors qu’un autre orchestre maquille leur fuite, que d’autres feux l’éclairent, qu’une autre lune l’accueille, pas celle qui barbote et qui se ride sur les vagues. Ils dansent comme si le monde entier s’était mué en mélodie et leur était consacré.

En apparence ils dansent. Alors que l’un abandonne son existence pour se glisser, petit, infime, annihilé, dans l’existence de l’autre. Ils demandent tous deux à s’éclipser ; ils se fondent simultanément l’un dans le regard de l’autre. Ils s’acheminent vers le rêve. Si toutefois ils l’atteignent. Gare à ses limites. Elle passe l’autre bras autour de son cou. Ils se lient au plus étroit pour ne pas se perdre dans cette extase chaotique. Elle pose la tête sur sa poitrine. Elle ne dort pas pour autant, elle livre son esprit au vertige, elle s’en déleste. En apparence ils dansent. Alors que l’amour les a persuadés de le suivre. Voyons dans quel lieu désert, obscur et impraticable il va les laisser. Là-bas, tu sais, pas une âme dans les parages pour se porter au secours. Celle qui un jour s’est aventurée jusque là n’y retourne plus.

Kiki Dimoula
Traduction par Christiane Dimitriadis et Ioannis Dimitriadis

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