Pierre périphrastique

Parle.
Dis quelque chose, n’importe quoi.
Mais ne reste pas planté là, comme une absence opaque.
Choisis ne serait-ce qu’un mot
qui te liera plus étroitement
à l’indéfini.
Dis :
« injustement »,
« arbre »,
« nu ».
Dis :
« on verra »,
« poids »,
« impondérable ».
Il y a tant de mots qui rêvent
d’une vie brève, sans attaches avec ta voix.

Parle.
Nous avons tant de mer devant nous.
Là où nous finissons
la mer commence.
Dis quelque chose.
Dis « vague » qui jamais ne souffle
Dis « barque » qui coule
si tu la charges d’ambitions.
Dis « instant »,
qui crie « à l’aide, je me noie »,
ne le sauve pas,
dis « je n’ai pas entendu ».

Parle.
Les mots se font la guerre,
ils ont leurs rivalités :
si l’un d’eux t’emprisonne,
un autre vient te libérer.
Tire un mot de la nuit au hasard.
Une nuit tout entière au hasard.
Ne dis pas « entière »,
dis « infime »
qui te laisse libre de t’en aller.
Infime
sensation,
tristesse
tout entière
à moi.
Nuit tout entière.

Parle.
Dis « étoile » qui s’éteint.
Un mot ne suffit pas pour réduire le silence.
Dis « pierre », mot incassable.
Comme ça, juste
pour donner un titre
à cette balade au bord de la mer.

Kiki Dimoula
Traduction par Ioannis Dimitriadis

Poursuivez la lecture avec le poème suivant, Je me suis contentée de ne pas savoir.