Je me suis contentée de ne pas savoir

Du monde des rébus
je m’en vais tranquille.
Jamais de ma vie je n’ai fait de mal à une énigme :
je n’en ai résolu aucune.
Pas même celles qui voulaient mourir
avec mes années d’enfance :
j’ai un petit tonneau qui cache deux sortes de vin.
Je l’ai gardée jusqu’à maintenant
intacte, inexpliquée
car jusqu’à maintenant
tout ce qui m’arrive,
soluble ou insoluble, cache en lui deux sortes de vin.
J’ai cohabité à grand-peine
avec un grand moine qui n’a pas d’os
sans jamais lui demander
de quel feu il est le fils,
vers quel dieu il monte et il m’échappe.

Je n’ai en rien réduit
les créatures masquées du monde,
j’ai élevé son mystère
avec sacrifice et dévouement.
Avec le sang qui m’a été donné
pour l’expliquer.
Ce qui est venu les yeux bandés,
les intentions secrètes,
je m’en suis séparée
tel que je l’ai reçu :
les yeux bandés, les intentions secrètes.
Enigme j’ai empruntée,
énigme j’ai rendue.
Je me suis contentée de ne pas savoir
comment se résout un hier,
un ça dépend,
l’énigme des asymptotes.
De ne pas savoir si je touche
un visage ou un je suis pressé.

Je ne t’ai pas non plus porté à la lumière
pour mieux te deviner.
Pénélope j’ai enduré
ton obscure négligence.
Et si jamais j’ai demandé comment te résoudre,
si tu es source ou bien fontaine,
c’était peut-être un jour d’été
où, Pénélopes ou pas,
le démon de l’eau nous envahit
pour célébrer l’énigme
de rester sur sa soif.

Du monde des rébus
je m’en vais tranquille.
Pure :
sur ma soif.
Vers l’énigme de la mort
je m’en vais vaillamment.

Kiki Dimoula
Traduction par Ioannis Dimitriadis

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