Comme si tu avais choisi

C’est vendredi aujourd’hui, je vais aller au marché
faire un tour du coté des jardins décapités
retrouver le parfum de l’origan
esclave en bouquets.

J’y vais après midi quand le prix des exigences a baissé
à l’heure où l’on trouve la verdure abordable
chez les haricots, les mauves, les lys et les courgettes.
Là-bas, j’écoute avec quelle aisance s’expriment les arbres
dans la langue coupée des fruits
− les pommes et les oranges une foule d’orateurs −
tandis que les pommettes jaune maladif
d’un mutisme intérieur
virent au rose convalescent.

Il est rare que j’achète. Parce que là on te dit : choisis.
Est-ce chose simple ou difficile? Tu choisis puis
comment assumer le poids écrasant
de ton choix.
Alors que dire : c’est le hasard, quel poids plume ! Au début en tout cas.
Car après tu plies sous les conséquences.
Ecrasantes elles aussi.
Au fond, c’est comme si tu avais choisi.

Tout au plus j’achète un peu de terre. Pas pour les fleurs.
Pour me faire à l’idée.
Là-bas, c’est sans choix. Là-bas, c’est les yeux fermés.

Kiki Dimoula
Traduction par Ioannis Dimitriadis